L'affaire fait grand bruit : un mariage a été annulé à Lille car la mariée n'était pas vierge. Sur le plan du droit, le code civil prévoit que l'un des époux peut faire annuler le mariage s'il y a tromperie sur les qualités essentielles de l'épousé(e). En l'occurence la virginité était dans ce cas une condition essentielle pour le mari à cause de ses convictions religieuses. On peut en déduire que le tribunal a dit le droit, application stricto sensu et basta.

Ce dont on peut débattre, c'est des principes républicains d'égalité et de laïcité qui sont remis en cause par la décision. D'abord, un mariage annulé pour cause de non-virginité, ça ne peut arriver qu'à une femme. Personne ne se préoccupe jamais que l'homme soit vierge, dans une histoire comme celle-ci. Admettons néanmoins qu'un mariage peut aussi être annulé à cause de l'impuissance de celui-ci, mais bon, un homme ne peut pas voir annuler son mariage pour cause d'une non virginité qu'on ne pourrait d'ailleurs démontrer.

Et puis je trouve que cet article du Code civil ressemble trop à son pendant du code du commerce qui dit qu'on peut annuler une vente s'il y a tromperie sur la qualité de la chose vendue, ça me fait grincer des dents...

Ensuite, si on annule un mariage parce que les convictions religieuse de l'époux ont été choquées, c'est tout le principe de laïcité qui se trouve remis en cause. On ne doit pas juger des qualités essentielles d'une personne en fonction des opinions religieuses et des pressions familliales de tout le monde, parce qu'on commence comme ça au tribunal d'instance et on finira par admettre aux assises qu'une jeune fille soit brûlée au vitriol pour avoir dit non ou lapidée pour adultère.

S'il n'était pas content, l'époux, il avait deux solutions tout ce qu'il y a de plus républicaines : l'annulation pour absence de vie commune ou le divorce.

Je me plais à croire, parfois, que je vis encore dans le pays des lumières et des romantiques où les qualités essentielles d'une personne ne tiennent pas qu'à un hymen intact, mais tous les jours on me montre que j'ai tort, et que pour parvenir à établir tous les citoyens et citoyennes dans les mêmes droits et les mêmes devoirs, il y a encore du boulot !

Enfin cela dit, elle a de la chance cette jeune femme d'être débarassée d'un boulet pareil, parce que franchement dans cette histoire on se demande où étaient les sentiments de ce monsieur. Moi, pourvu que je sois avec une femme que j'aime et réciproquement, je vais être vulgaire mais je m'en contre-branle de savoir si elle est vierge ou non...

Cette histoire connaît un développement de dernière minute avec le parquet qui va faire appel de la décision, pour des raisons peu ou prou proches des miennes... Ouf, il était temps !